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Batsheba Sherâmza Vandryn
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Bathsheba Sherâmza


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Batsheba Sherâmza Vandryn




Prénom&Nom




Généralités



◈ (Nom)
Sherâmza Vandryn.
◈ (Prénom) Bathsheba.
◈ (Titre(s)) Princesse de Naazshiza, Régente des terres méridionales, Suzeraine de Mushi, Infante des terres anthracites, Perle noire du Cynet, La venimeuse.
◈ (Race) Métis de filiation Dokalfar.
◈ (Sexe) Femme.
◈ (Age/Date de Naissance) Vingt-trois ans, née le cinquième jour de la première heptade de sârma de l’an 494.
◈ (Lieu de Résidence) Palais de Naazshiza.
◈ (Occupation/Profession)Siégeant au Haut-Concile Valgaraan, princesse de Naazshisa, Belligérante et fine marchande, héritière de la famille Vandryn.
◈ (Possessions/Biens)
Beaucoup de ses possessions sont celles de sa famille, et elle doit à son sang l’essentiel de ses biens. Ce n’est pas pour lui déplaire : la possession est quelque chose de fluctuant, et elle se considère bien plus comme une gardienne que comme une détentrice.
Sa famille veille sur pléthore de mines et carrière, d’où sont extraits le plus fins des marbres gris, signatures du Cynet qui habillent les palais les plus nobles, mais également du granit de la plus belle facture, incrusté d’opales. On y trouve également de beaux gisements que l’on peine encore à apprécier d’ambre et de jade. De cela émergea un empire commerçant dans l’export de la pierre, mais également attirèrent les tailleurs et les bâtisseurs. La famille Vandryn ayant également fait fortune dans la joaillerie, Bathsheba est aujourd’hui dépositaire de ce commerce.
La princesse tient également de feu son ancien mari ses propriété viticoles, distillées entre Mushi et Naazshisa, et dont les emplacements, aussi petits et étriqués que riches et gorgés d’un soleil de plomb, permet la culture de tabac, parmi les plus beaux plans du Cynet. Les récoltes sont destinées aux bêtes, mais on raconte que leur qualité en fait un fourrage d’exception.
Enfin, mis à part quelques cultures de céréales et autres plantes comestibles qui permet à la cité une belle autonomie, la Naazshisa est aussi connue pour une richesse qui n’appartient qu’à elle , et qu’elle doit à une technique millénaire mise au point sur les côtes méridionales et ses espèces très particulières d’huitres : les perles noires. Très peu nombreuses, mais à la beauté sans pareille, ces perles anthracites sont la possession stricte de la famille royale qui en a le monopole depuis l’aube de sa culture et le placement des Vandryn sur la ville.



Descriptions



◈ (Apparence & Compétences Physiques)


Il fut conduit dans un petit cabinet par la mystérieuse servante, hypnotisé par sa tignasse blonde et sa peau de cuivre qui dégageait une forte odeur de sable et d’épices. Celle-ci n’avait pas prononcé un mot depuis son arrivée, et s’était contentée de le guider à travers le dédale de couloir qui serpentait le silencieux édifice. Signer un accord commercial... Et il entrait dans ce qui ressemblait à un tombeau, un labyrinthe de marbre si foncé que l’on pourrait le confondre avec la nuit qui était tombé à l’extérieur : on voyait à travers les longues fenêtres, hautes et s’alignant comme des gardes, les étoiles scintiller. Vexé qu’on l’ait fait attendre à ce point, et frustré d’impatience, il passa une main nerveuse sur son ventre gras, et la monta ensuit pour lisser du bout des doigts l’épine de sa moustache.

« Dites, hmm... ma Dame est-elle enfin disposée à me recevoir ? »

La mystérieuse ne dit rien, poursuivant sa course au grand désarroi du marchand entre deux âges qui s’époumonaient de longs soupirs navrés. Accoutumé à cette marche et à ces couloirs incessants, il ne remarqua presque pas qu’enfin il arriva devant une immense entrée à double porte, luxueusement garnis de moulures et de dorures, et encore moins qu’elle représentait un arbre garni d’oiseau. Chacun d’entre eux était serti de pierres colorées, mais l’obscurité rendait la vision flou, et étonnement réaliste, presque fantasmagorique. Brusquement, la servant ouvrit les portes, et le marchant sursauta presque : enfin, il touchait du bout des yeux l’antre de la Venimeuse. Il avala sa salive, et entra dans la pièce.

Dire qu’elle avait un sens de la mise en scène serait un doux euphémisme : la pièce entière était plongée dans une suave pénombre, toutes les fenêtres étaient couvertes par d’épais rideaux, tandis que les seules lumières provenaient des nombreux candélabres disposaient çà et là, dans une valse tumultueuse et crépitante de petites mèches embrasées. Mais les flammes des bougies permettaient quand même de deviner de riches fournitures : une grande horloge de bois sombre, dont le bruit rythmait la mesure d’un débat à venir, une commode massive, et recouverte de documents ; une multitude de bibliothèque soigneusement rangées, et pleine à craquer d’ouvrage, dont l’usure de la couverture et le jaunissement du cuir trahissait un âge certain, certainement beaucoup plus que lui. Subjugué, les yeux du vieux marchand tournoyait comme ceux d’un enfant qui découvrait un théâtre : il ne remarqua pas la haute et svelte servante ondoyer jusqu’à un bureau central, une belle pièce de maître noire et décorées de riches arabesques, où était assise, silencieuse et immobile, la perle noire du Cynet.

« - Merci, Beliah. » Sa voix était étrange : pas celle d’un ténor, mais elle était plutôt grave pour sa stature et la vision qu’elle offrait.

C’est avec une fascination presque sinistre que l’homme entre deux âges glissa ses yeux sur la créature envoutante qu’il lui était donnée de voir : assise sur une chaise côtelée d’un velours bordeaux,  dans une robe aussi sombre que révélatrice aux manches pâles et bouffantes, la perle noire de Naazshisa était assise, regardait en sa direction avec un air las et ennuyé. Il ne saurait dire ce qui l’intriguait à ce point, mais il y avait en cette femme un magnétisme obscur qui l’attirait autant que l’apeurait.
La première chose qu’il le choqua était le teint de nâcre qu’elle arborait, et qu’il ne lui avait jamais été offert de voir chez une autre créature que les ondins, si discrets et mystérieux. Sous la flamme des candélabres, on la jurerait faite de porcelaine, couverte d’une peau lisse et bleutée, presque translucide. Brusquement, ses narines se dilatèrent : elle sentait le jasmin et le lilas, ainsi qu’une forte odeur de santal et d’un talc fin dont elle avait dû s’asperger. Il était à plus d’un mètre d’elle et il avait l’impression d’avoir le nez plongé dans sa gorge. Cela lui donnait l’impression de faire face à un fantôme, un spectre pâle et exsangue, diaphane, dont le visage dansait comme une ombre sous la lumière des bougies. Si il percevait sa filiation séculaire avec le sang dokalfar, elle restait subtile, on distinguait à peine les marques qui ornaient son visage.  Il ne voyait plus la sublime créature qui l’avait conduite jusqu’à sa maîtresse : maintenant, il ne regardait qu’elle.


« Eh bien, vous êtes bien silencieux, messire Al’Wassima. » S’enquit l’entité sombre. « Auriez-vous perdu votre voix ? » Un sourire jaune et caustique se dessina sur ses petites lèvres mauves, étirées et acides. Elles sciaient si bien à ce visage : d’une couleur oscillant entre un lilas fané et un rose poudré qui rappelait doucement la blancheur de cette peau. Brusquement, son expression se fit sinistre... Une négociation est une négociation... Le marchant gonfla le torse, et sembla rire de tout son ventre dans une puissante cavalcade.

« Ah ! C’est que je ne m’attendais pas à un tel décor... En même temps, je ne pouvais m’attendre à moins, surtout venant de Bathsheba « de la Houle »... » Il regarda la jeune femme avec un air coquelet, mais n’en menait en réalité pas très large. Inquiet, il guetta l’expression de son hôte, se demandant quel serait le résultat de son audace... Un rictus pincé fit légèrement trembler son petit menton, mais elle ne bougea pas plus.

« Si vous devenez muet pour si peu, je m’inquiète pour l’avenir de cet accord, excellence. » Son sourire disparut brusquement, mais elle tendit une main d’albâtre vers la chaise face à elle. Le marchand devina qu’il s’agissait d’une pieuse invitation à s’assoir, et c’est avec une certaine nervosité qu’il vint déposer son séant sur le velours épais et doux.  
« Inutile de s’épandre en mondanité, nous savons tous les deux pourquoi nous sommes là. » Poursuivit Bathsheba, morne, croisant ses doigts sibyllins devant son visage, ses phalanges s’emboitant parfaitement comme des engrenages.

Si sa voix continuait de battre la mesure, le vieil homme avait cessé d’entendre, curieux de découvrir la jeune femme sous un angle rapproché. Elle faisait vraiment jeune, de si près, sûrement l’âge de sa fille. Mais si son corps renvoyait l’image d’une femme dans ses meilleures années, son visage, lui, trahissait une maturité trouble : était-ce la lassitude inscrite sur ses traits, la mélancolie douce et usée qui brillait dans son regard ? Il laissa échapper une grimace frustré. Avec cette frange, il avait du mal à bien voir ses yeux... Ne voulant pas fâcher la dame, il resta droit sur son siège, mais guetta la faille qui trahirait ses prunelles qu’il devinait être claires.
Soudain, elle leva sa main en l’air, la braqua vers la droite avec une subtilité toute féline, et, à cet instant, la servante dont il avait oublié la présence disparut un instant pour revenir les bras chargés de petits sachets de cuir. Beliah, tel était son nom, en déposa un entre les doigts fins et blancs qui se refermèrent brusquement sur lui. Rapidement, Bathsheba défit son lien, et sans plus de cérémonie déversa son contenue sur le vaste bureau, si vaste qu’il aurait pu être un océan entier. Dans une déferlante, avec le bruit d’une pluie battante, une centaine de perles grises et rondes coulèrent sur le plan doublé de cuir. La jeune femme revêtit alors un sourire poli mais carnassier. Il la regarda glisser ses longs doigts fins comme les pattes d’une araignée sur les petites sphères pour en récupérer une poignée. Elle les manipulait avec une expertise certaine, appréciant leur taille et leur aspect de la pulpe de ses doigts – on ne devait pas la tromper facilement en affaire... Si il avait déjà remarqué sa petite stature, et son air peu sportif, il devait admettre qu’elle semblait redoutable de son touché.

« Le perles noirs du Cynet sont un miracle élaboré par ma famille depuis des générations. Celles-ci sont issues de la dernière récolte, et ont atteint le meilleur des calibres. Vous n’en verrez pas d’autre de tout le Valgaraan. » Avec un tour de poignée, les perles piégées dans sa mains tombèrent une à une sous ses yeux. « Et ce n’est qu’un petit échantillon de ce que nous avions convenu. Le reste est prêt à vous être livré une fois l’accord de vente signé. » Elle recula un peu dans son siège, et joint ses mains sous son menton : cela dessina avec une force et une majesté raffinée l’ovale de son visage. Des cheveux noirs de jais l’encadraient, lisses et soyeux, semblant presque violet sous la flamme des bougies, et une frange net et longue tombait sur son regard. Elle avait placé sur sa tête un bijou doré, une chaîne en or d’où pendaient, sur son crâne et sur ses joues, de petits médaillons plats et légèrement fumés du plus bel effet. Ce ne faisait qu’ajouter à son impression de faire face à la figure d’un livre.  

Sous son menton, un long cou pâle coulait jusqu’à des  épaules menues, cachées par une demie cape nouée par une chaînette d’or. Sa gorge pleine et osseuse révélait une poitrine d’une blancheur de nacre envoûtante, dévoilée par un col affolant qui aurait attiré le regard du plus saint des hommes. Brusquement inquiet et comme si il avait commis un impaire, il releva brusquement ses yeux et pria pour qu’elle n’ait rien vu, mais elle arborait à la place un sourire amusé.
« Cependant ... » Poursuivit-elle alors avec une voix plus grave qu’avant « ... La cargaison s’avère d’une qualité exceptionnelle. J’ai bien peur de devoir monter le prix... »

« Comment ? ! » Le marchand sentit son cœur s’emballer.

« Vous me coupez ? » Piqué à vif et soudain acculé comme un chiot, il ne sut que répondre face à la dame. « Vous me voyez obligée de le faire, Messire. Ce ne serait pas défendre mes intérêts et ceux de mon peuple. Cependant, je vous réserve l’exclusivité de répondre à mon offre, je ne voudrais vous retirer ce droit... Si vous ne pouvez suivre, je me verrai dans l’obligation de devoir proposez ces perles à d’autres plus... Offrants. »

Elle avait prononcé ces mots avec une assurance arrogante, et l’homme se sentit soudain décontenancé, caressant nerveusement son ventre rond.  «  C’est que... Le prix était déjà élevé... ». Il allait poursuivre quand une ombre bougea dans le fond de la pièce. Brusquement, il releva les yeux : sans qu’il ne puisse la voir plutôt à cause de la pénombre dont il avait du mal à s’habituer, il réalisa qu’une forme humanoïde le regardait fixement, silencieusement, depuis l’arrière de ce théâtre. Un homme petit, tordu, un... Bossu ? Cette vision lui fit froid dans le dos et gela jusqu’au fond de ses os. Quel était ce... ?

« Je vous propose le tout à deux cent dôhbans. » Sa voix spectrale l’acheva comme un poignard.

« Mais... Mais c’est cinquante dôhbans de plus que prévu ! »

« La qualité, vous pouvez le voir, est sans commune mesure. Mais si cela vous contraint... Le Siwalar devra se passer de mes perles. »

« Non ! » Il s’éleva brusquement sur sa chaise, le torse gonflé, défait. « Non, je... Je vous les prend, Madame. Toute la cargaison. »

Avec la grâce d’un paon, elle soupira doucement, et d’une parole somma Beliah de ramasser les perles sur la table, pendant qu’elle tirait vers elle un parchemin de la plus belle facture et couvert de caractères fins et élégamment manuscrits. Quand la servante eut finit, Bathsheba posa de nouveau son coude sur la table, braquant vers le néant sa main ouverte dans laquelle la domestique, les sachets toujours dans les bras, vint déposer après un nouvel aller-retour une plume d’autruche taillée. Il se demanda brusquement quel relation entretenaient les deux femmes, tant elles semblaient proches, et que la suivante agissait avec une infinie docilité sans même se voir assignée d’ordre. Comme si... Non, ce devait être une illusion. Avec une assurance brusquement, la princesse touche le parchemin du bout des doigts, et inscrivit à sa place sa signature, petite et courbée, d’une féminité certaine, avant de lui tendre le papier et la même plume, son visage poli trahissant la gloire d’un vainqueur, le triomphe discret et suffisant de celle qui se faisait si discrète. Elle méritait son surnom, la Venimeuse...
Défait, le marchand signa à son tour, de grand frisson de sueur agitant son dos dans cette atmosphère saturée des fumées de cigares. Et le petit homme et la servante qui le regardait... Quand il eut finit, il se leva alors, comprenant qu’il n’avait rien plus à faire en ce lieux.

« Ma Dame... Ainsi fait, je me retire dans ma chambre. Je reprendrais la route demain... » Soucieux de sceller leurs accords dans les règles de l’art, il tendit vers elle une main bien audacieuse afin de serre la sienne. Elle le fit, mais avec la férocité de la lionne, et la splendeur des conquérants. Ses lèvres pourpres s’amusaient bien de sourire : en réalité, elles ne bougèrent pas le moins du monde.


◈ (Psychologie & Connaissances)

« Sir Helios Sherâmza
Vizir du Val Brillant
Maître Marchand de Mushi
Sehh de la deuxième heptade de du mois de Nâras en l’an bénis 511.

Messire, Monseigneur, Mon Prince,

Veuillez prendre acte par cette missive de ma volonté de demandé en fiançailles, par Aansar, par Thiohbé et par Basmat, votre délicieuse fille Batsheba.
J’ai eu le plaisir, mon prince, de faire sa rencontre au banquet donné il y a deux heptades de cela, au jour de sehh, et où je ne put que constater sa brillante intelligence et son éloquence, ainsi que sa grande beauté. Nous discutâmes quelques minutes, et je fus emporté : elle est le produit de l’éducation si merveilleuse et raffinée que vous lui avez offerte. Je pus sentir son don pour la diplomatie, le commerce, la stratégie, l’économie et l’Histoire, et elle me fit même part de son intérêt pour l’art de la guerre qu’elle reçoit par un de ses tuteurs. Ce dont est si rare chez une dame, il n’en est que plus agréable à rencontrer.
Je me dois également de souligner sa politesse et sa rigueur à respecter l’étiquette. Elle est une femme en devenir, mais sera une femme forte, et représentera sûrement avec honneur les couleurs de votre vertueuse et sublime famille. Son dévouement pour votre Nom transparaissait : elle n’éprouvait que pour vous, son père, le plus profond des respects. Et elle m’en parlait avec la voix la plus suave, et les mots les mieux choisis.
J’ai également pu percevoir son sérieux, et sa discipline, mais également comprendre ses royales dispositions à gouverner : elle ne semble guère empreinte de l’âme de la fête, et promet d’être une dirigeante sérieuse et dévouée, et douce, et docile.
Nous ne parlâmes pas épousailles, mais elle semble en âge d’avoir un époux, et de mettre au monde un héritier. Je conviens que sa timidité et sa candeur peut la rendre indisposée à s’amouracher d’un homme, et fragile au monde qui l’entoure : je me souviens qu’elle restait immobile, qu’elle ne bougeait que peu, et jamais sans être guidée par votre royal bras. Vous pouvez bien croire en mes nobles intentions : je serais plus bienveillant que tout autre homme et veillerait à ce qu’elle ne manque de rien, qu’elle soit toujours en sécurité. Et je m’engage à lui donner de beaux héritiers pour poursuivre votre royale lignée, et porter votre merveilleux nom.

Je peux sembler bien bas devant vous, mon seigneur, mais je ne viens pas les mains vides : ma famille est une noble famille de marchand, née à Mushi où nous officions toujours dans l’exploitation agricole du tabac du Val Brillant, une des denrées les plus riches pour les chevaux. Nous avons également quelques commerces de fleurs et de fragrances. J’ajoute que cela ne serait que plus bénéfique pour nos deux cités que de s’unir par notre mariage, et que nos richesses ne feront que s’accroître si vous me permettez d’avoir la main de votre fille.

Votre altesse, votre grâce, je ne saurais qu’attendre rudement votre bienveillante réponse, et serais docile jusqu’à entendre de votre bouche les mots qui feront ma joie. Eternellement à vous,

Helios Sherâmza »


« Monseigneur, Monsieur,

Je prends note de votre demande et vous nous voyez honorés par les douces attentions que vous nourrissez pour notre petite fille. Cependant, et quand je lis votre lettre, je me demande si vous avez tout à fait cerné notre Bathsheba. Et c’est pour cela, et avant toute chose, que je me dois de vous parler d’elle plus pleinement, car je ne voudrais la marier à quelqu’un qui n’en prendra pas pleinement soin, et pour ce qu’elle est, et pas pour la façade docile qu’elle aime arborer. Voyez-vous, ma fille a autant de faciès qu’elle n’a d’interlocuteurs, et j’ai bien peur qu’elle ait, avec vous  comme avec tant d’autre, montré un visage qu’elle ne porte pas.
Quand nous avons découvert que accueillit notre petite fille parmi nous, nous avons pris la décision, pour son confort, le nôtre et celui de notre royaume, qu’elle recevrait une éducation digne des plus grands érudits. En cela, elle ne nous a jamais déçus : elle fut une élève admirable, et suivit tous ses cours avec un vif intérêt. Elle se distingue aujourd’hui en de nombreux sujets que vous avez partiellement énumérés. Mais sachez également qu’elle n’est nullement fragile : elle peut diriger seule, se déplacer où elle le désire et quand elle le désire, et nous avons fait en sorte qu’elle soit capable d’être experte de ses mains dans l’art du travail.
Mais plus encore, ne vous laissez pas séduire par ses airs de princesse acculée, ce n’est qu’un jeu qui nous a déjà valu de nombreux problèmes. Elle est, et je le déplore autant que je m’en amuse, une jeune femme intelligente, sûrement trop, et son manque de sourires n’en fait pas moins une femme lucide. En cela, elle excède à savoir qui sont les bons, et les injustes, ne pouvant se fier à une barrière du physique auquel nous sommes tous confrontés.  Aussi – j’ajoute que vous m’être plutôt sympathique, aussi je ne vais pas mâcher mes mots – si elle vous juge impie – oserai-je dire indigne ? – de sa présence et de son nom, elle vous le fera savoir de la pire des manières. En cela, elle n’hésitera sûrement pas à jouer de son rang et de la sympathie que le peuple et les conseillers ont pour elle pour vous évincer haut et court. Je ne veux pas vous effrayer, mais elle y est déjà parvenue par le passé.

Oh, ne vous méprenez pas, ce n’est pas une méchante jeune fille. Mais elle acquit la fâcheuse tendance, au fil des années, à placer le royaume, et peut-être même ses intérêts personnels, avant tout autre chose. Son esprit pointu s’est forgé une carapace, et elle est particulièrement manipulatrice, d’une versatilité implacable quand il s’agit de parler à quelqu’un, et ses mots souvent froids peuvent se montrer aussi acéré que les serres d’un aigle ou les crocs d’un serpent. Oui, je le crois : elle n’a pas peur de blesser, et je m’interroge souvent sur son empathie et sa bienveillance envers ses pairs. Avec les ans, je m’inquiète qu’elle n’ait que faire du sentiment d’autrui, et je dois reconnaître que ce serait ma plus grande tristesse... Cet aspect d’elle me déplait. Moi-même, je me demande parfois si ses airs doux et charmeurs de petites filles ne sont pas ceux de l’intrigante qu’elle semble devenir, et non ceux de ma petite princesse tant chérie.
Cependant, quand je la vois avec nos sujets, je me ressaisis souvent : elle peut parfois se montrer douce et attentive – à sa façon, certes, c’est-à-dire bordée d’une arrogance lasse et d’une adorable insolence. Je pense que Beliah – sa suivante depuis l’enfance, elles furent presque élevées ensembles – a une très bonne influence sur elle. Oh, j’en profite pour vous prévenir à ce sujet : elles sont très proches. Sa mère et moi en sommes un peu inquiets, d’ailleurs, tant elles sont fusionnelles. Avec Nâhz, le garde de Bathsheba, ils ne se séparent que rarement, et ils la servent avec un dévouement que...
[Des tâches de vins rouges ont effacés une partie de la correspondance. La lettre reprend plus loin.]

C’est pour cela, Monseigneur, qu’il ne faut vous laisser séduire par l’adorable visage qu’elle montre souvent, c’est un jeu de sa part. Il n’y a guère qu’avec nous qu’elle ose faire preuve de sincérité, et encore, ce privilège n’est souvent accordé qu’à ses plus proches suivants. Parfois, quand elle pense être seule, je la surprends à errer dans sa chambre ou dans le boudoir, les yeux dans le vide avec une profonde lassitude. J’ai bien peur qu’elle ne soit ainsi : hantée par un spleen perpétuel qui guide ses gestes avec une douce tristesse. En cela, ses sourires sont comptés : n’en soyez pas non plus peinés. C’est avec un amusement mesuré que je vous confie que ma fille est une étrange créature, un papillon de nuit qui brille dans la mondanité mais s’épanouit dans la solitude. On lui prête volontiers, également, une certaine arrogance, et il faut admettre qu’elle ne se cache pas de cela. Ce petit air supérieur m’agace souvent, j’aurais apprécié qu’elle soit plus humble, moins franche, moins féroce face à toutes les contrariétés qui lui font parfois obstacle. Cela, doublé d’une obstination sans limite, en font parfois une femme dure – et j’aimerai pouvoir dire que ce n’est qu’apparence, mais il est difficile de savoir ce que Batsheba pense réellement. Néanmoins, j’apprécie que son raffinement et son élégance ne l’empêche de commettre une discourtoisie ou autre grossièreté – Oh, je dois dire que sa mère l’a bien éduquée, elle a mis la politesse et la bienséance au-dessus de ses autres préoccupations.

Nous avons bon espoir, avec ma femme, qu’elle soit un jour une grande princesse, et qu’elle mène la Naazshiza vers un avenir radieux. Elle sera une excellente femme politique, nous n’en doutons pas. Mais sera-t-elle une meilleure épouse ? Souvent, je m’interroge.

En espérant ne pas vous avoir trop effrayé, Monsieur. Si vous osez – je m’amuse beaucoup, je dois l’admettre – la revoir, je serais heureux de vous accueillir en ma demeure, afin de convenir ensembles des noces, si vous consentez à l’aimer comme elle est, et non comme vous souhaitez la voir.

Zephyr Roderick Vandryn
Prince de Naazshiza»



Ascendance & Origines




◈ (Parents)

Père : Zephyr Roderick Vandryn (Naissance, An 420, Mort, An 516)
Mère (officiellement) : Sheerazaïma Vandryn, née Val’Ezyma (Naissance, An 432, Mort, An 514)
Mère (officieusement) : Ellëya Milëya Vandryn (Naissance, An 424, Mort, An 498)
◈ (Fratrie)
Nâhz (Officieusement, né de Roderick et Ellëya ; Officiellement, batard) : Naissance, An 496
◈ (Descendance)




Contextualisation





◈ Quels souvenirs garde votre personnage de la ville où il est né ? Y réside-t-il encore, ou sinon, pourquoi en est-il parti ?



Les petits doigts tendres dodelinaient doucement dans la paume protectrice de sa tante, sa nourrice et la plus proche chose que la petite princesse avait d’une mère. Ellëya, emmitouflée dans de magnifiques jupons de soie, guidaient du mieux qu’elle pouvait le pas encore hésitant de l’enfant, qui elle-même servaient de support à la troisième roues de cette étrange cortège, suivie par une foule de servants, s’affairant comme des fourmis dont on aurait tapé la fourmilière du bout de la botte. Sa propre marche était rendue difficile par ses chevilles enflées et endolories, qui peinaient à entrer dans ses souliers depuis quelques semaines, et à son dos douloureux que l’on devait masser plusieurs fois par jour. Il fallait dire que son ventre atteignait des proportions énormes, à quelques jours du terme, et l’handicapait au plus haut point. Soucieuse de presser la petite meute, elle tira un peu plus fort sur la jeune main : au loin, un servant préparait la tente.

Bientôt, la troupe arriva sous les tentures de soies et de fines tapisseries brodées qui formaient un petit boudoir plutôt coquet, rouge vif et bordeaux, pourpre et prune, aux files d’or dessinant de larges motifs sous le plafond mobile. On avait disposé à même le sol recouvert d’un tapis de velours épais de gros coussins, des petits sièges côtelés, et de petites tables sur lesquelles s’allongeaient des bols de dattes confites, des figues mûres, des amandes et des oranges. Deux servantes se tenaient prêtes à agiter leurs longs éventails de plumes d’autruche pour aérer les esprits et les corps.
Et, ô qu’elle en avait besoin.


« Pressez le pas, Bathsheba. Hâtez-vous ! » Ellëya tirait désespérément sur la main pour ôter la petite fille à ses contemplations devant les montagnes anthracites qui les entouraient de toute part.

Il fallait dit qu’elles tranchaient drastiquement sur ce paysage lunaire : elles, richement vêtues, habillées et parées des pieds à la tête, face aux bruits sonnants et tonitruants des carrières non loin, et du hurlement incessant du zéphyr montagnard qui s’amusait gaillardement à soulever sur son passage les jupons.


« Verrai-je la mer de là-haut, ma Tante ? »
« A votre allure, nous ne la verrons pas avant des heures ! » La petite prit un air renfrogné et boudeur, mais cela déclencha chez Beliah un sourire complice avec la noble, enceinte jusqu’au cou, qui caressait doucement son ventre rond de temps à autres. La petite princesse, emmitouflée dans une chaude cape bordée d’argent, peinait à voir : ses longs cheveux noirs dansaient aux rythmes des rafales. Tout cela l’ennuyait beaucoup... Mais face à la remarque, elle accéléra tout de même le pas. « Vous faites bien, que direz votre père et votre mère en vous voyant traîner ainsi ? »

Les mots étaient lourds pour Ellëya. Elle n’osait pas la regarder en face dans ses moments... Dans un sursaut, elle osa tout de même relever les yeux vers la petite fille : elle lui renvoya un regard troublé et lucide, si mature pour une enfant qu’elle faillit défaillir.

« Ma Tante, il ne faut pas dire de mensonge. Ce n’est pas une gentille chose de dire des mensonges. » Elle était intelligente... La femme se ravisa, et ploya, défaite. Il valait mieux ne pas creuser cette sombre affaire aux oreilles voisines.
Bientôt, la petite troupe et leurs suivants avaient atteint la tente, et s’étaient assis après une longue marche. La pierre les encerclait de toute part. Alors qu’ils goûtaient, parlaient, buvaient du thé chaud, Ellëya surveillait avec un œil avisé la jeune princesse qui s’amusait à coiffer Beliah du bout des doigts – heureusement que la petite suivante n’était pas farouche face à ses caprices. L’heure passa oisivement sous la course rutilante du soleil en chasse, et personne ne remarqua les petits pas fugueurs d’une jeune princesse disparaître des remparts de velours.


« Bathsheba, vous voilà ! » Cria la noble, qui finit par la trouver de nombreuses minutes plus tard, assise sur une roche sauvage qui dominait la vallée et la cité attenante, plantée comme un vautour à la montagne grise. « Nous vous cherchions partout, pourquoi vous êtes-vous perchée ici comme le dernier des boucs ? »
« Ma tante, est-ce là mon royaume ? » Sa voix était grave, brisée par le spleen, tordant sa petite tessiture d’enfant dans une douce mélodie plaintive. Ellëya se sentit obligée de s’arrêter, et, attendrie, s’assit à côté d’elle devant le spectacle magnifique du couchant. La lumière orange du crépuscule découpait chaque contour, chaque toit, chaque pointe dans une gerbe flamboyante ; les derniers rayons, ailleurs, se reflétaient vivement dans certaines fenêtres, et donnait une teinte encore plus sombre aux pierres grisâtres qui constituaient la cité : depuis les montagnes, on aurait dit que Naazshiza brûlait. La vue était magnifique, somptueuse. Cà et là, en contrebas, on avait commencé à paver la route de torchères, ces mêmes flambeaux qui commençaient à s’élever dans les ruelles les plus sombres, faisant scintiller ces braseros comme des lucioles dans la pénombre naissante. Sa tante huma l’air frais, qui emplit brusquement ses poumons avec une force vivifiante. Peut-être que Batsheba ressentait la même chose : une humilité houleuse, un sursaut de respect face à la force de la ville, un géant dont les contours se dessinaient dans les flammes et dans l’or du soir. Mais elle décelait autre chose en elle, une face plus nuancée au prisme encore brut qu’était la jeune princesse.

« Ceci est le royaume de ton père, et de son père avant lui, et du père de son père avant eux. Et un jour, ce sera la tient. » Finit-elle par avouer, décelant l’appréhension derrière les yeux perdus de la petite fille. Ce n’était pas le respect qui la rendait muette, mais une peur insidieuse, celle de n’être pas à la hauteur. « Naazshiza est un trésor qui est gardé par notre famille depuis des générations, Bathsheba. Depuis qu’Azahsar nous l’a confiée, nous avons veillé sur elle, l’avons vu grandir, prospérer. C’est notre responsabilité, notre charge. Et bientôt, cette charge te reviendra, comme elle reviendra à tes enfants et à leurs enfants après toi. » Un frisson subtil parcourut l’échine de la petite demoiselle, mais Ellëya ne se tu pas. Il fallait qu’elle écoute, qu’elle soit consciente de ce que la ville serait pour elle : un enfant, et non un terrain de jeu. C’était ce qui ferait d’elle une régente, et non pas une idiote.
Brusquement, la petite main enfantine se posa sur le bras maternel, et s’enroula sans mots dire autour de son coude. Ellëya en fut si surprise qu’un frisson parcourut tout son dos, mais elle n’entrava pas son geste.
« Cette terre est la vôtre. Cette montagne est la vôtre. Et toutes ces âmes dépendront de vous. Mais ne pensez pas que vous devez les porter comme un fardeau. Si vous savez les défendre, elles vous protégeront en retour, elles construiront avec vous la splendeur de Naazshiza. »

La petite perdait son regard sur la ville embrasée, et sourit brusquement, un sourire tendre et doux. « Je serais digne de ce trésor, mère. Et j’en ferais la plus belle des cités. » A ces mots, elle se leva, fit mine d’épousseter sa petite robe et tira la femme par le bras. « Allez, nous mettons tout le monde en retard ! » Son petit ton autoritaire était accompagné d’une moue hautaine surprenante sur un visage si jeune. Elles repartirent liées dans le silence.
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{Si votre personnage réside dans une localité différente de celle de ses origines}
Le considère-t-on comme un étranger là où il vit ?



Votre Réponse ici.


{Si votre personnage réside dans une localité différente de celle de ses origines et Si la réponse à la question précédente est positive}
Que reste-t-il de la Culture d'où il est natif ?



Votre Réponse ici.


◈ De façon générale, comment votre personnage est-il perçu par ceux qui l'entourent ?



Votre Réponse ici.



◈ Par qui votre personnage a t-il été éduqué ? Dans quel environnement ?



Votre Réponse ici.



◈ Votre personnage a t-il voyagé sur Valgaraan ? Jusqu'où est-il allé et pour quelles raisons ?



Votre Réponse ici.



◈ Que faisait votre personnage et où se trouvait-il lors de l’Aube Morne ?



Votre Réponse ici.



◈ Comment a t-il appris l’événement et y a t-il réagit ? Comment les conséquences de ce drame ont influé sur son existence ?


Votre réponse ici.



◈ Quel regard porte votre personnage sur le Haut-Concile de Valgaraan ?



Votre Réponse ici.



◈ Où réside votre personnage et de quoi vit-il ?



Votre Réponse ici.



◈ De qui s’entoure-t-il au quotidien ? Quel genre de relations entretient-il avec les autres ?



Le soleil traversa les tentures de soie fine et de voiles blancs pour signaler l’arrivée du petit jour, en projetant dans le lit le rouge de l’aurore. La lumière douce et dorée se posa avec délicatesse sur le regard encore clos de la belle Beliah, encore assoupie, légèrement protégée par le drap rouge de satin. Bercée par le feu de l’aube, elle se laissa aller à quelques instants d’éveil, une méditation intime et profonde sur ses pensées matinales, et c’est au bout de quelques minutes qu’elle osa finalement, avec la plus grande discrétion, se relever dans la couche en s’appuyant sur ses coudes. La couverture glissa doucement, révélant à la lumière sa nudité, en provoquant en même temps un frisson sur le corps voisin, lui-même dévêtu, et pâle comme un spectre.
Après s’être levée avec la discrétion d’un félin et avoir passé un kimono de dentelles qu’elle laissa ouverte, la servante entama de réveiller sa maîtresse en déposant, comme chaque matin, un baiser sur chacune de ses paupières. En réponse, Bathsheba ouvrit péniblement les yeux, ces globes vides et tristement gris, soupira et remonta la couverture sur elle. Ce matin-là, elle n’avait pas l’âme à se lever, prise d’un spleen commun et plutôt régulier chez elle, qui revenait comme la lune se lève chaque crépuscule. Habituée et sans la brusquer, Beliah ne broncha pas, et alla vaquer à la préparation de la pièce le temps que la châtelaine s’éveille. Ce n’était pas qu’elle eut peur de la contrarier : comme une mère, la servante prenait une précaution infinie à prendre soin de sa maîtresse chaque matin. Rapidement, avec des gestes mille fois répétés, elle installa sur la table la robe choisie pour la journée, l’essentielle du nécessaire pour la toilette : on distinguait dans une grande vasque en jade de l’eau claire, des petits pots de la même roche verte et semi-translucide qui trahissait la présence de poudres et de pigments divers, de baume, et de grands flacons de verre coloré remplis de nombreuses fragrances. Un bruit tamisé venant de la couche l’alerta qu’enfin, la perle noire avait daignée se lever, et la vue de son dos pâle et légèrement bleuté confirma son hypothèse. Elle se saisit d’une robe de chambre de taffetas nacrée et s’approcha doucement.

D’un geste calculé et délicat, elle passa le vêtement autour d’elle, faisant face à ce regard mort avec une palpable tendresse, en savant tout à fait que Batsheba ne la voyait pas, mais espérait pouvoir lui transmettre cet amour, pure et inconditionnel qu’elle nourissait pour elle, comme on vénèrerait sa reine, ou son dieu... Un aveuglement, en un sens : pas physique, mais d’esprit.

« -Quelque chose te tracasse, Beliah, je le sens. »

La servante fut prise de court par la voix morne et fané comme les pétales flétris des roses. Elle songeait si profondément qu’elle ne l’avait pas salué... Comme un enfant prit la main dans le sac à faire une bêtise honteuse, elle détourna le regard, consciente de ne pouvoir être vue, mais la panique et la surprise l’empêchaient pourtant de relever les yeux vers son visage.

« Parle, n’ai pas peur. » Le visage de la princesse était vide d’expression, mais Beliah hésitait encore, ne sachant si elle voulait entendre la vérité ou se bercer d’ignorance. A la place, elle fit glisser le tissu soyeux sur la peau pâle, épousant la chorégraphie longtemps répétées par les deux femmes, l’une menant la danse par ses gestes, et l’autre obéissant en exécutant consciencieusement ses actions. « Beliah ? »
« Pourquoi n’avez-vous pas choisi la couche de votre mari cette nuit, ma Dame ? » Les mots s’étaient enfuis d’eux-mêmes de ses lèvres rosées. Cela faisait quelques heptades que les noces avaient été prononcées, et chaque soire, elle l'avait fait convoquée depuis. En disant cela, elle n'avait pu réprimer une pointe de jalousie qui piquait à travers ses consonne, l'entraînait dans les graves.

Comme elle le redoutait, un sourire amusé se dessina sous ses yeux, et elle s’en voulu rapidement de sa propre bêtise. Et la réponse tomba, aussi sourde, aussi simple, aussi pure.

« Il m’ennuie. » En disant cela, elle tendit sa main afin que Beliah l’aide à se lever. « Et tes mains sont plus douces que les siennes. » En entendant cela, la servante esquissa un sourire flattée et discret, heureuse d’avoir été ainsi remarquée par sa Dame. Bientôt, elle la guida jusqu’à sa chaise, l’aida à s’assoir et commença à la préparer docilement, d’un geste usé à la pratique. Pendant de longues, silencieuses minutes, elle peigna ses cheveux noirs et brillants. Les siens étaient bouclés, blonds et dorés. En passant les dents entre les fibres sombres, elle se souvint de ce jour, quand elles étaient petites, où la jeune princesse lui avait demandé de quelle couleur étaient ses cheveux. Elle n’avait pas su tout de suite quoi répondre, et lui avait finalement dit qu’ils étaient de la même couleur que le soleil couchant. Le soir même, elle aurait juré l’avoir surprise à fermer doucement les yeux pendant le crépuscule.

« Dépêches toi, le conseil en cercle restreint commence tôt aujourd’hui. » Encore une fois, la voix formelle l’interrompit. C’était étrange : elle donnait l’impression de se contempler dans le miroir, au-delà de sa cécité. « Nous siègerons dans le salon d’ivoire, il y fera meilleure, l’air est étouffant en cette saison... Tu trouveras Nâhz, qu’il veille sur nous pendant la séance. Et qu’il prépare l’arrivée du convoi diplomatique du Sil’rin – ils devraient arriver d’ici le début de l’après-midi. Tout cela m’agace déjà... Mais soit. » Elle décrivit une grande vague du bout des doigts : Beliah avait toujours admiré leur finesse, l’élégance osseuse de ses phalanges. En réponse, elle brossa plus vite. « Demande à Baya’Ya de nous préparer du faisan, ce midi. »

La servante prenait tout cela en note, sans répondre, car d’un naturel silencieux. Le temps qu’elle se penche pour attraper la poudre, elle surprit alors un changement d’expression violent comme la houle sur le visage sombre de Batsheba, une lame de fond qui l’avait rendu soudain bien sombre. Rarement avait-elle vu un tel visage, secret et grave, comme si il portait à lui seul les guerres et les famines, à bout de bras.

« Je suis fatiguée, Beliah... Fatiguée de cette situation. Tous les jours je m’enfonce sous des tâches ingrates, avec ce mari empoté qui traîne dans mes pieds comme un enfant. Il m’encombre... » La servante ne comprit pas tout de suite où elle voulait en venir, mais s’arrêta dans son geste.

« Je vous demande pardon, ma Dame ? » Elle sentit alors que la princesse portait quelque chose au bout de son cœur qu’elle n’allait dire qu’à elle, et elle se tint brusquement en sainteté. « Vous savez que je suis là pour vous servir, je rendrais la tâche plus douce pour vous. »

En réponse, l’aveugle arbora un sourire reconnaissant – et honnête, cela était bien rare – et triste, puis se retourna brusquement, avec la même gravité : Beliah en avait froid dans le dos. Brusquement, elle pressentit ce qui allait venir, les mots qui traverseraient ces lèvres rosées. Elle le savait...

« Beliah... Jusqu’où es-tu prête à aller pour me prouver ton amour ? »

La servante ne répondit pas tout de suite. Elle comprit tout, toute la machination diabolique et hideuse que la princesse élaborait, tout ce ressentiment qui crachait, hurlait comme un loup, caché au fond de son cœur condamné aux éternelles ténèbres. Et brusquement, elle eut mal pour elle, elle eut envie de la relever, et de la prendre dans ses bras pour taire tous ses maux, ce corps si fin et petit qu’elle avait mille fois ressentie contre elle dans la pénombre nocturne. Et elle savait qu’il y avait dans ces mots une douce hypocrisie, que si elle l’aimait de tout son cœur, comme tous ses sujets qui l’écoutait avec un aveuglement étrange et inconditionnel, un amour maternel commun, que la réciproque n’existait sûrement pas de la même façon. Mais elle avait tellement confiance en elle... C’était leur princesse, après tout. Sa princesse.

« Je ferais tout ce que vous ordonnerez, ma Dame. » Son ton était plus grave encore. A cet instant, elle comprit qu’il ne servirait plus de reculer, qu’elles seraient, comme depuis leurs naissances, et à jamais, liées dans le secret, liées par d’invisibles liens qui feraient d’elles les deux faces d’une même pièce. Mais n’était-ce pas le cas ? Des larmes commencèrent à rouler silencieusement sur ses joues de sables, sur sa peau de miel doucement basanée. C’était incontrôlable, et elle faisait de son mieux pour rester droite. Mais elle ne pouvait s’empêcher de pleurer.

C’est la main de Batsheba qui l’arrêta brusquement : la venimeuse s’était levée avec la discrétion d’un spectre, s’était redressée vers elle et faisait glisser ses doigts de squelette le long de sa joue, tant pour dessiner le contour de son visage que pour apaiser la servante en pleur.


« Je te protégerai, Beliah. Toi, Nhâz, Baya’Ya... Les conseillers, les généraux... Les sujets, la moindre pierre de la Naazshiza... Je vous protégerai tous. » C’était pour cela que Beliah vibrait : elle éclata dans un brusque chagrin, un sanglot fort et violent, réprimant un cri étouffé au fond de sa gorge, car elle venait de sceller la vie d’un homme par son amour. Alors que la jeune châtelaine attrapait son visage et déposait ses lèvres sur les siennes avec la plus grande grâce, elle su qu’elle la suivrait où qu’elle aille, car elle était ses yeux, et qu’elle ferait tout pour les protéger tous. Car tel était le secret de Batsheba Sherâmza Vandryn : elle ferait tout pour son royaume.
Et Beliah, comme tous, le savait profondément, et feraient tout pour elle.  




◈ A quoi aspire le plus votre personnage ? Quels moyen est-il prêt à mettre en œuvre pour approcher (ou atteindre?) ce but ?



Les cris de la foule traversaient avec une liesse profonde les épais rideaux, les murs denses et sombres, e



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Batsheba Sherâmza Vandryn
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